Le bureau du statisticien


Installation,
Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris,
2014

«Il n’y a pas de faits, écrivait Nietzsche, il n’y a que des interprétation». On pourrait aujourd’hui rajouter : il n’y a pas de données, il n’y a que des visualisations. Les deux énoncés seraient à peu de choses près équivalents : alors qu’explose la quantité de données collectées par la statistique, se pose de manière accrue la question de leur gestion, de leur organisation et de leur présentation. Ce changement d’échelle est aujourd’hui désigné sous le nom Big Data, littéralement « métadonnées ».

Un changement qui n’est pas seulement de degré, mais bel et bien de nature : la mise au carreau du monde devient sa représentation, une représentation au sens quasi pictural du terme, où le facteur humain refait surface au sein même du pré carré de la science.

C’est ce tournant que donne à voir Mikaël Monchicourt avec Le Bureau du statisticien, un dispositif fictionnel où ne manquent ni le poste d’ordinateur, ni le matériel bureautique. Une mise en condition afin d’aborder les diagrammes présentés aux murs : choisis de manière aléatoire en sélectionnant les cinq premiers résultats proposés par Google, ceux-ci ont été imprimés puis déformés en faisant bouger la feuille dans le scanner. Transformés en abstractions, ils conctituent un commentaire à la nécessaire manipulation des données statistiques. Comme chez Walid Raad et les fausses archives qu’il réalise dans le cadre du projet The Atlas Group ou chez Wesley Meuris avec FEAK, sa vraie-fausse multinationale globale permettant de réussir une exposition à coup sûr, la lumière ne se fait jamais aussi bien que lorsqu’elle est aperçue dans le miroir de la fiction.

Ingrid Luquet-Gad
Texte paru dans le catalogue des diplômés des Beaux-Arts de Paris, 2014